lundi 21 avril #8895086
Peut-être.
La fille est assise côté fenêtre. Sa tête est appuyée contre la vitre. La ventilation est froide mais ce n'est pas grave. Elle aime sentir les petits crépitements de ses cheveux écrasées, à chaque mouvement de sa tête. Elle pense qu'elle aime bien le train, en fait. C'est logique, cohérent. Rare. Elle regarde tous ces gens assis comme elle. Des histoires différentes réunies par le hasard. Elle en fait parti. Ça ne l'a rassure pas, mais ça l'a fait sourire.
Elle pense. Elle aime penser, même si d'habitude elle n'en a pas le temps. C'est peut-être aussi pour cela qu'elle aime le train. Parce qu'elle a le temps maintenant. Elle y est même contraint par la durée du voyage. On l'oblige enfin à faire quelque chose qui ne lui déplait pas.
Pas qu'elle se lasse du reste. Bien au contraire. Juste qu'elle n'arrive pas toujours à mêler suffisamment sa créativité avec le temps qui passe, avec les gens qui doutent, avec les gens qui soupirent.
Là, elle peut. Elle doit. Rêveuse, elle pose sa tête contre la vitre, après un regard sur les voyageurs qui entrent, et elle se sent bien. Elle sait qui l'attend sur le quai. Peut-être que ce garçon est bien finalement. Sinon pourquoi serait-elle partie sur un coup de tête, pour le rejoindre et y croire. Peut-être aura-t-il mis sa chemise...
Non, il ne faut pas qu'elle pense à ça. Elle imagine trop et gaspille ses réflexions dans des films stupides. Et puis bien sûr qu'il aura mis sa chemise, puisque tout sera parfait. Il l'a dit. Elle ne le connait pas mais s'il l'a dit, c'est que c'est surement vrai.
Elle repense à tous les autres, celui qu'elle n'oubliera jamais. Même si elle a très envie de gouter les lèvres du suivant, elle préfère se dire qu'on a le temps. Ne pas laisser de place à la passion débordante car elle amène la colère stupide et elle déteste les choses inutiles, ou du moins les choses qui arrivent mais que l'on voulait éviter. Oui, ne mentons pas, il faut parfois lier l'inutile à l'agréable. C'est garder un peu de liberté dans les choix que l'on nous propose.
Un peu de liberté, c'est tout ce que l'on possède au fond. Dans la foule, on ne peut pas vraiment choisir. C'est un flux constant de volontés restreintes. Si l'on veut être vraiment libre, autant s'inventer un monde où tout est permis dans la seule limite de son inventivité et ne jamais en sortir. Si un monde est trop petit, prenons un univers. Il suffit alors de ne pas le confronter aux autres. Pourquoi ? Pas pour éviter les coups, on s'en fiche de ça après tout. Non, peut-être pour garder intact la liberté nouvellement créée.
Et lui, comprendra-t-il complètement l'univers de cette jeune fille qui fait du bruit avec ses cheveux. Lui, il n'en sait rien. Lui, il a tout à apprendre d'elle. Lui, il a juste envie qu'elle s'ouvre. Lui, il ne sait que penser à elle. Lui, il ne sait qu'envoyer des messages débiles.
Alors au milieu des volutes de fumées et des mégots encore rouges qui s'envolent, l'histoire s'élance entre ces deux individus. Ces deux nouveaux nées qui ne font qu'attendre et qui ne répondent pas. Un peu perdus dans cette histoire bizarre, ils se rassurent juste par la sensation d'y être, dans cette aventure... Du moins, on l'espère.
Commentaires
Il est assis sur un banc, il fume une cigarette à côté d'un mec qui a deux minutes d'arrêt, et qui tire sur sa clope comme si c'était la dernière.
Il attend et il observe. Celui-ci qui part, embrassant une dernière fois la fille aux yeux rouges et humides. Celle-là qui attend qu'on vienne la chercher, à moins qu'on l'ait oubliée. Il observe et il imagine.
Et si.... ?
Peut-être pas.
J'avais cette impression bizarre en lisant que ça pouvait être une voix off d'un film. Ca sonnait pareil pour moi. Tu vois, quand la scène se passe sous tes yeux, taciturne, et en même temps la voix commente? Et je me suis dit que cette voix était une belle observatrice finalement. Observatrice des jeunes filles. Et puis quand 'lui' est entré, ma voix -off- a perdu tout son sens.
@a2lindt : Il imagine et surtout espère... Comme elle, non ?
Que fais-tu avec une adresse IP en Belgique ?
@Passionnée : Ca me touche que tu y vois une voix off de film. Je suis désolé que Lui soit entré, il n'y peut rien, il est là, sans le vouloir ni même en le rejetant. Mais surement repartira-t-il avec le même sentiment amer dans la bouche des autres. Comme à chaque fois.
@Aphone : Tu crois ? Non, vraiment non, aucun lien, je t'assure, ou alors je ne les connais pas. Pas vraiment. Tu me les présenteras si tu les vois tous les deux.
"Des histoires différentes réunies par le hasard. Elle en fait parti. Ça ne l'a rassure pas, mais ça l'a fait sourire."
J'aime ces articles qui se passent dans les trains. Et celui-ci en particulier. Puisque c'est ça. Qui se passe en pleine tête à part quand le sommeil gagne la partie. Et puis, cette phrase parce qu'on n'est pas seulement observateur, et qu'au moment où l'on leur pense une vie quelqu'un peut faire de même avec nous.
Et puis, juste que les gares, les trains, ce sont vraiment des lieux que j'apprécie. :)
Moi, il me rappelle surtout un quelque chose d'autre part. Et je trouve ça touchant cette manie que tu as de ne jamais lâcher un seul de ses mots, parce que c'est elle et que tu prends tout et tant pis même si tu ne (la) comprends pas parce qu'on le sent. Que tu veux tout prendre. Le bon comme le mauvais.
@Ecilora : C'est gentil ca, dis donc... Les trains, ouais, ca reste la fascination de beaucoup. Le moyen simple de rever un peu. Ce qui m'impressionne, c'est vraiment le hasard de se retrouver dans un meme wagon par des voies tout a fait differente.
@Dine : Tout prendre, oui, mais ne pas l'avoir vraiment. Je viens de me rendre compte d'un truc. C'est que ca fait pile 2 mois qu'on est ensemb... ou plutot qu'on se connait... Damned.
@a2lindt : Et c'est grave ?